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Vivement lundi !

 

J'assume complètement ce titre un peu provocateur, juste avant le deuxième tour de l'élection présidentielle. Mais à la vérité, je dois vous avouer que je viens de mettre à la poubelle l'essentiel des réflexions que depuis quelques jours je voulais partager avec vous pour le vote de ce dimanche. Au départ le titre était : Le 7 mai, pas une voix pour le FN. Votez ! Sur ce mot d'ordre, qui n'est pas une consigne de vote (je considère que les citoyens ne sont pas des moutons et doivent au contraire se déterminer librement), mon opinion n'a pas varié. Elle est basée sur deux principes fondamentaux :

 

1/ Je ne donnerai jamais ma voix au Front National,

 

2/ Je considère qu'il faut toujours venir voter, même si le choix est limité et n'est pas considéré comme satisfaisant.

 

J'ai donc modifié le contenu et le titre de cette note après le « débat » qui a opposé hier soir les deux candidats encore en compétition. Quel désastre ! Quelle honte pour notre pays ! Nous étions en droit d'attendre une confrontation sur le terrain des idées, des propositions et d'une vision de société pour diriger notre pays. Nous avons eu droit à un affrontement complètement électrisé, en des termes souvent bien crus, avec de nombreuses approximations et inexactitudes.

La palme de l'escroquerie et de l’incompétence pour cette bouffonnerie en revient très nettement Mme Le Pen. Et je comprends mieux pourquoi il y a 15 ans, Jacques Chirac avait jugé inutile de débattre entre les deux tours avec le père. Propulsée au 2e tour par une certaine caste médiatique qui n'a cessé de la dé-diaboliser depuis 5 ans, la candidate FN ne veut pas en fait du pouvoir. Elle est là pour exploiter la souffrance et la colère du peuple, pour critiquer à tout va, mais en aucun cas pour proposer quelque chose de cohérent au pays. Malgré ses belles paroles, elle n’engagerait pas de politique sociale. Mme Le Pen critique l’Union européenne et l’euro. Où a-t-on vu qu’elle le fait parce que le cadre européen actuel n’est utilisé que pour pérenniser les règles de l’accumulation financière, c’est-à-dire la logique du bon vieux capitalisme ? Est-ce au nom de l’égalité qu’elle se dresse contre ce qu’elle appelle pudiquement le « système » ? Non : elle le fait au nom de l’exclusion. L’Europe est condamnable selon elle parce qu’elle ne pratique pas la préférence nationale. Elle y ajoute un recul sans précédent de la norme démocratique. Elle prétend rassembler le peuple contre les élites. En réalité, elle divisera le peuple un peu plus. On commencera par écarter les Roms, les errants, les migrants, les minorités de tout type. Peu à peu, on installera l’idée que seuls les « bons » Français peuvent partager la table de la « France ». Les bons : ceux qui sont respectueux de la bienséance, des racines occidentales et de la hiérarchie naturelle… Donc, je le redis fermement, pas une voix pour le FN !

 

Mais je constate hélas qu'hier soir Emmanuel Macron n'a pas su prendre la hauteur nécessaire pour poser les vrais enjeux de ce second tour contre le FN. Il a voulu répondre du tac au tac et de manière décousue dans un débat que les deux pauvres journalistes commis d'office ont été dans l'incapacité de cadrer pour permettre aux électeurs de se forger une opinion, non pas sur les comportements de l'une et de l'autre, mais sur la compréhension de la politique qu'ils prétendent conduire pour le pays. Cela montre bien hélas les limites de la candidature Macron. Bien au-delà de sa posture de banquier d'affaire, parfois arrogant et surtout coupé du peuple, Emmanuel Macron incarne la continuité du quinquennat qui s’achève. Il se propose d’en aggraver la politique antisociale. Il s’inscrit dans la lignée de ceux qui ont fait bondir en quinze ans le Front national de près de trois millions de voix. Les uns (Sarkozy), en dérivant idéologiquement vers des thèmes identitaires. Les autres (Hollande et Valls), en insultant la démocratie parlementaire. Les uns et les autres muselant toute alternative. Souvenons-nous du référendum de 2005 ! La philosophe américaine Nancy Fraser a résumé parfaitement cette fausse opposition : « Loin d’être l’antidote au fascisme, le néolibéralisme est son complice et partenaire criminel ». En ce sens tous les donneurs de leçons qui depuis le 23 avril nous enjoignent de voter Macron, pour « faire barrage à Le Pen » se trompent de mot d'ordre. Il s’agit le 7 mai d’éviter le pire. Il s’agit de se donner du temps pour réorienter la colère et les souffrances du plus grand nombre au profit d’une profonde restructuration sociétale et d’une révolution citoyenne démocratique. Pour cela, il est préférable de maintenir le cadre républicain actuel, même imparfait et profondément inégalitaire. Mais ce qui taraude légitimement beaucoup de gens c'est aussi qu'on a toutes les raisons de penser qu’un vote Macron n’est pas une solution d’avenir, que cela ne produira aucune amélioration et débouchera sur de nouvelles aggravations.

 

Dimanche donc, je laisse chacun d'entre vous choisir selon sa conscience entre deux positions respectables qui ont leur cohérence. Certains, estimant qu'il n'est pas du tout certain que Macron l'emporte, ne veulent pas prendre le risque d'une victoire de l'extrême droite. Ils s'apprêtent à voter contre Marine Le Pen, en utilisant le bulletin « Macron », tout en rappelant avec vigueur que ce vote ne signifie nullement approbation à son programme néolibéral. D'autres, considérant que la probabilité que Le Pen soit élue est extrêmement mince, comptent voter blanc ou nul, estimant primordial pour la suite qu'Emmanuel Macron ne bénéficie pas d'un trop grand nombre de voix qui le légitimeraient et lui donneraient plus de force pour mener les politiques qui, justement, sont la cause de la montée du FN.

 

Dans les deux cas, il est urgent de passer très vite à lundi, pour les élections législatives. La campagne du premier tour a été, autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, porteuse d'espoir et de renouveau d'une mobilisation des citoyens, d'une politique reposant réellement sur une éthique de l'engagement et sur les valeurs républicaines d'égalité, de liberté et de fraternité. Il importe désormais de porter plus haut cette alternative que représente le programme l'Avenir en commun pour en faire, un appui de résistance contre le libéralisme destructeur mais aussi pourquoi pas, nous donner une majorité de député-e-s à l'Assemblée Nationale. A lundi !

 

Commentaires 

 
+1 #1 José 05-05-2017 13:42
Comme vous je suis aussi très partagé quant au vote. Mais oui, la vraie bataille commencera lundi avec les législatives.
En ce qui concerne le "front républicain", je reste surpris qu'au final, seuls les arguments du non programme et de l'extrémisme du FN soient relevés.
Car il est nécessaire de rappeler que le FN au pouvoir c'est exactement ce que Daesh souhaite. A vrai dire on peut même penser que toutes les attaques dans le pays avaient pour seul but la montée de la défiance et de la haine à l'encontre des musulmans. Au final, contrer le FN, c'est un peu combattre Daesh.
Compter sur le vote des autres pour contrer le FN est un pari très risqué.
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