Get Adobe Flash player

Politique de la ville : décalage total !


Hé voilà : un énième rapport sur l’état de nos banlieues. Jean-Louis Borloo (ancien ministre, sous Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy) a remis jeudi 26 avril un rapport au Premier ministre. Intitulé « Vivre ensemble, vivre en grand, pour une réconciliation nationale » ce document (162 pages, 19 programmes - lire ICI) dresse un constat sévère, mais réaliste de la situation. Si tout ceci rappelle bien l'idée de fracture sociale qui avait abouti à la loi de 2003 d’orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine, dite loi Borloo, mais qui n’avait pas empêcher les émeutes dans nos banlieues en 2005, force est de constater que l’empilement des rapports, plans, projets et mesures qui se succèdent depuis plus de 30 ans laisse un goût amer. Le vécu sur le terrain est en décalage complet avec toutes les annonces faites. Ainsi, rappelons que le Conseil municipal de Saint-Michel sur Orge a approuvé le 21 mai 2015 le contrat de ville du Val d'Orge (2015/2020), qui avait précédemment fait l’objet de deux délibérations les 4 février et 6 mai 2015 au Conseil communautaire de l’agglomération à l’époque du Val d’Orge. Je vous renvoie à ce que j’avais écrit sur ce blog, car je n’ai pratiquement rien à retirer. C’est ICI et . Je précise seulement que ce contrat de ville prévoyait un certain nombre d'orientations retenues pour le "quartier prioritaire" de Saint-Michel comprenant les 353 logements de la résidence Boieldieu - Bizet, gérée par le bailleur coopération et famille. Près de 7 M€ étaient annoncés pour "réhabiliter l'ensemble de cette résidence et requalifier les espaces extérieurs". Le tout devait être conduit en étroite concertation avec les habitants, à travers en particulier la mise en place d'un Conseil citoyen. Trois ans après, qu’en est-il ? Difficile à dire dans la mesure où la municipalité, malgré nos demandes réitérées (le dernier courriel, toujours sans la moindre réponse, date du 22 mars 2018), refuse de présenter le rapport annuel (prévu par le décret n° 2015 - 1118) sur "la situation de la collectivité au regard de la politique de la ville, les actions qu'elle mène sur son territoire et les orientations et programmes de nature à améliorer cette situation". On assiste même à un petit jeu affligeant entre la ville et l’agglo qui se renvoient le dossier. Ainsi le procès-verbal du Conseil municipal du 16 novembre 2017 mentionne que « la mairie se rapprochera de l’Agglomération pour faire une présentation prochainement »… Comme de nombreux maires, Sophie Rigault ne manque pas, souvent à juste titre, de dénoncer les désengagements l'Etat et les carences des derniers gouvernements depuis 2012. Mais cette posture (très politicienne) aurait davantage d'impact, si à son niveau la municipalité prenait à bras le corp ce dossier. Les effets d'annonces sont faciles, le suivi et la transparence sur les dossiers s'avèrent beaucoup plus compliqués !

Un rapport… et puis quoi ?

Si au niveau local l’attentisme est plutôt consternant, je reste également dubitatif au niveau national, d’autant plus que Jean-Louis Borloo lui-même semble se faire peu d’illusion. Ainsi, dans une interview au Monde du 27 avril j’ai relevé trois extraits assez édifiants :

1/ "Il y a notamment 500 000 jeunes de 16 ans à 24 ans, en bas des tours, les bras croisés. Nous vivons dans un pays où un quart de la jeunesse est à l’arrêt. Constater, raconter, disserter, c’est utile, mais, aujourd’hui, l’objectif est de faire en sorte que chaque responsable public et privé fasse l’effort qu’il faut pour changer cette donne".

2/ "La vérité, c’est qu’aucun plan n’a jamais été mis en place. Et moins on en a fait en matière de politique de la ville, plus on a annoncé de dispositifs, de chiffres et de politiques prioritaires. On a remplacé les moyens publics par les annonces publiques. Résultat, dans les quartiers, il y a moins de services publics, moins de crèches, moins d’équipements sportifs, moins de capacités financières des communes (30 % de moins), moins d’accès à la culture, moins de policiers, des professeurs et des agents de police plus jeunes, qui coûtent donc moins cher… C’est un scandale absolu".

3/ "Je n’ai pas rencontré un haut fonctionnaire qui se rende compte de ça. Ils sont tous convaincus qu’ils ont mieux réfléchi que les autres, mieux fait, mieux évalué, mieux préfiguré… Le pire, c’est qu’il n’y a pas un saboteur dans l’affaire qu’on pourrait désigner comme responsable. Il n’y a pas non plus d’incapables, ni de corrompus ni de fainéants. Non. Il y a une élite technocratique avec une vision consanguine. Des gens individuellement exceptionnels, mais qui, en groupe, sont non fertilisés".

Néanmoins, il me semble utile de mettre en avant, pour le débat et l’action quelques priorités de ce nouveau rapport : Tout d’abord celle de la petite enfance (création de 30 000 places en crèche dans les quartiers, soit trois fois plus que ce que prévoirait le projet de convention en cours de négociation entre l’État et la CNAF pour 2018/2022) ou de l'école, le rapport proposant le renforcement des moyens éducatifs en maternelle, en plus d'encourager le dédoublement des classes amorcées dans les réseaux d'éducation prioritaire. La lutte contre l'illettrisme et « l'illectronisme » est remise sur le devant de la scène. Autre priorité, l'emploi, avec un programme tourné notamment vers les jeunes et l'alternance. Plus novateur, le volet « femmes » du projet, pour renforcer leur présence, leur rôle et leur visibilité dans les quartiers et favoriser leur emploi (notamment via les clauses d'insertion). Plus de moyens encore pour la justice ou la santé (200 maisons de santé). Sans oublier une « relance immédiate de la rénovation urbaine », dont le problème n'est « pas uniquement financier », mais aussi « un problème de confiance ». En annexe, le rapport liste les 216 quartiers à réparer (St Michel n’en fait pas partie) sur les 1 500 quartiers de la politique de la ville, dont 60 sont « en risque de fracture ». Le rapport fixe aussi le cahier des charges d’un « plan d'urgence pour les écoles et collèges de demain », recense les « 35 000 professionnels de l'action sociale dans les quartiers » et plaide notamment pour renforcer la prévention spécialisée. Bref, un vrai pavé de bonnes intentions !

 

Commentaires 

 
0 #1 rapport 30-04-2018 09:03
Quoi de mieux qu'un rapport pour enterrer un problème !
Citer
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir