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L’urgence écologique

 

La canicule de cet été n’est qu’un avant-goût de ce que le dérèglement climatique provoque : récoltes agricoles fragilisées, pollutions à l’ozone, orages violents, incendies, services d’urgence surchargés… Les décisions prises (limitation de circulation automobile, restriction d’eau, arrêt momentané des centrales nucléaires…) ne sont que de petits pansements qui n’inverseront pas la tendance dramatique dans laquelle notre planète est engagée. Au 1er août 2018, le monde a consommé en 212 jours autant de ressources naturelles que ce que la Terre peut produire durant l'année. Plus grave, si le monde entier émettait autant de carbone par ses activités, consommait autant de terres, utilisait autant de terrains bâtis que les Français, ce Jour du dépassement serait tombé au 5 mai. Il est donc plus qu’urgent qu’à tous les niveaux, la préoccupation écologique passe des discours aux actes concrets !

L’effondrement du viaduc à Gênes le 14 août illustre lui aussi l’inconséquence des politiques menées ici et là. Comme il y a 5 ans avec la catastrophe ferroviaire à Brétigny, il démontre l’insuffisance des moyens humains et financiers pour assurer la sécurité et l’entretien des infrastructures existantes. Aujourd’hui, les budgets de plus en plus contraints sont souvent orientés sur des équipements nouveaux destructeurs d’espaces et de terres agricoles au détriment de l’entretien et de la réhabilitation du patrimoine existant.

La démission de Nicolas Hulot

Cette démission, mainte fois annoncée est bien trompeuse. Il savait parfaitement où il mettait les pieds en entrant dans le gouvernement ultralibéral d’Emmanuel Macron et il n’en fait pas mystère en évoquant les voeux de réussite pour ce gouvernement. Nicolas Hulot est un bateleur remarquable de la question écologique, mais il serait bien naïf de le considérer comme porteur de la cause écologique. On ne sort pas innocemment de l’univers médiatique de TF1 pour incarner la transition écologique et énergétique, comme sortir de la Banque Rothschild pour incarner l’intérêt général et lutter contre les inégalités sociales. Le système financier et médiatique que l’on sert a sa logique et sa cohérence.

Le bilan politique de Nicolas Hulot est en effet très faible, la plupart du temps marqué par des postures pour justifier par exemple l’évacuation musclée des 300 zadistes de Notre-Dame-des-Landes par plus de 2 000 policiers avec un dispositif militaire disproportionné en déclarant « l’écologie ce n’est pas l’anarchie », ou par des décisions, au titre de la transition énergétique, qui ne pèsent rien comme l’interdiction (hors des permis en cours) d’exploiter les hydrocarbures en France alors que le niveau de production nationale représente moins de 1 % de la consommation nationale. Même chose pour des prises de décision qui frisent l’imposture comme l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans sans l’inscrire dans la loi. Sa seule position courageuse aura été de reconnaître l’impossibilité actuelle de fermer les centrales nucléaires sans pour autant manifester la moindre volonté opérationnelle d’arrêter le nucléaire énergétique. J’en ai marre de tous ces écologistes tout feu tout flamme pour expliquer que la planète brûle et que les bonnes décisions politiques ne sont pas prises, mais qui en même temps accepté sans sourciller les injonctions ultralibérales de l’Union européenne comme la privatisation des barrages hydroélectriques, la réforme de la SNCF sans évoquer, ne serait-ce que sur le site internet de son ministère, les enjeux écologiques, les incidences de la suppression à terme de plus de 10 000 km de lignes ferroviaires régionales, de laisser la voiture individuelle répondre aux nécessités de déplacement des citoyens, de faire la promotion du transport par autocars et d’abandonner le fret à la route. L’aménagement du territoire et le bilan carbone semblent être des notions inconnues à Nicolas Hulot. S’il est porteur d’une bonne parole écologique, il s’est trouvé absolument muet sur les enjeux et les besoins de protection des réfugiés climatiques au moment de l’élaboration de la loi Asile et Immigration.

On va encore dire que je suis bien sévère pour un homme qui fait partie des personnalités les plus appréciées par une majorité de Français et incarne le combat écologique, notamment par les travaux de sa Fondation. La crise écologique et la crise sociale sont intimement liées et les dissocier conduit à un immobilisme écologique tel celui que l’on peut constater. La croissance ne peut être la réponse à la crise sociale et encore moins aux enjeux écologiques. La réduction des inégalités, le partage des richesses constituent l’une des clés majeures pour sortir de cette impasse et non la théorie du ruissellement qui ne semble pas avoir troublé Nicolas Hulot pendant plus d’un an au gouvernement.

Les politiques ultralibérales de l’Union européenne ne peuvent répondre aux enjeux actuels. Les politiques de libre échange sont désastreuses pour nombre de pays africains, vidant les ressources publiques et déstructurant des sociétés déjà fragilisées par le changement climatique. Le protectionnisme social et environnemental constitue une approche qui mérite une réflexion approfondie, tant au niveau de la production industrielle que de la production agricole. Les politiques monétaires peuvent constituer des leviers importants pour s’orienter vers des nouvelles politiques respectueuses de l’environnement à condition de remettre en cause de l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE).

Sur tous les sujets qui conditionnent un avenir durable, nécessitant de trouver un nouveau système économique et social qui puisse s’installer en harmonie avec l’écosystème de la planète, Nicolas Hulot est absent de ces débats majeurs. S’il reste un excellent vulgarisateur de la cause écologique, sa démission n’incarne aucunement un quelconque courage mais plutôt un reniement à la cause écologique qu’il entend défendre au nom d’un ordre établi dont il fait partie. Son successeur ne fera pas mieux dans le même cadre politique. A nous citoyens d'agir !

 

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