
Mises au point sur des approximations et des oublis concernant le bilan de mandat de la droite
La maire vient de faire distribuer un petit document sur le bilan de son action. Une initiative tout à fait utile et pertinente à l’issue de son troisième mandat.
Mais l’exercice apparaît beaucoup moins rigoureux si on s’appuie sur le programme qui avait été présenté au Saint-Michellois, il y a 6 ans. Certes, le début du mandat a été marqué par le Covid et chacun sait qu’au-delà, il y a toujours des imprévus ou des contraintes qui nécessitent des adaptations. Mais une fois encore, la droite excelle dans les imprécisions, les raccourcis et les oublis. Tout ceci demeure assez confus et partiel, comme je l’avais relevé en mai 2023 lors de la diffusion d’un bilan à mi-mandat dans le journal municipal. A re-lire ICI.
Ces documents ont essentiellement pour but de donner une impression de mouvement et un déploiement d’actions. La municipalité sortante n’est pas restée inactive. Elle a réalisé un certain nombre de choses. Heureusement, d’ailleurs. Mais son programme, comme son bilan, ne comportent aucune vision structurelle sur l’avenir de la ville et aucune hiérarchisation n’est effectuée. C’est un empilement de mesures qui donne autant d’importance à "l’installation de cendriers" qu’à "la circulation et au stationnement", au "simulateur tarifaire" qu’aux questions de "prévention et sécurité", au "concours d’éloquence" qu’à la "réhabilitation des équipements municipaux". C’est un tourbillon de communication pour tenter de masquer un déclin manifeste, des tensions inquiétantes, des espaces dégradés, des habitants délaissés et une ville coupée en deux.
Je vous propose de passer en revue différents points.
1/ Tout d’abord la ritournelle affirmation dans les propos d’introduction du maire de ne pas avoir "augmenté les impôts, malgré des recettes en baisse".
Si les taux des impôts locaux votés par le Conseil municipal sont restés stables depuis 2020, il est faux de dire que les impôts locaux n’ont pas augmenté. Chaque année le gouvernement procède à une revalorisation des valeurs locatives. Ainsi de 2020 à 2025, la part communale de la taxe foncière a augmenté d’environ 17%. Et les taux à Saint-Michel sont parmi les plus importants du département depuis la hausse brutale de 15% votée par la droite en 2016. D'ailleurs les recettes fiscales sont passées de 18 030 251,60 € en 2019 à 19 749 125,16 € en 2024 ! Les chiffres de 2025 ne nous ont pas encore été communiqués.
Et le document fait l’impasse totale sur les tarifs municipaux appliqués notamment pour la restauration scolaire, les centres de loisirs, les activités périscolaires, l’école d’art, les activités retraités, les locations de salle. Il est parfois difficile de s’y retrouver (lire ICI l’ensemble des tarifs applicable depuis le 1er septembre 2025) car les modifications tarifaires sont rarement présentées en Conseil municipal, la maire décidant directement des ajustements. En moyenne, les tarifs ont globalement augmenté de 4 à 7 % sur le mandat, sans changement notoire dans la qualité des prestations.
Par ailleurs, il est faux de dire que les recettes de la ville ont baissé. Le montant des dotations, subventions et participations reçues par la ville était de 7 216 454 ;45 € en 2019. Au dernier compte administratif connu en 2024, ce montant était de 7 505 335, 61 €. Si ceci reste insuffisant, c’est en partie dû aux baisses des subventions provenant du Conseil régional et du Conseil départemental, gérés par les ami-e-s de Madame Rigault.
2/ Action Cœur de Ville (page 4)
Il y a 6 ans, la droite écrivait : "Le projet Action Cœur de Ville est une chance pour Saint-Michel. Il concerne le centre commercial Grand Bois et ses abords. Après la réhabilitation de l’axe Berlioz Püttlingen en 2020, dès 2021 la place Marcel Carné sera rendue plus fonctionnelle et plus esthétique. Sans oublier la nécessité de trouver une issue au conflit juridique qui paralyse la galerie commerciale depuis les années 90 ".
Le bilan publié ces derniers jours se contente d’indiquer : "La phase 2 du dispositif prévoit le réaménagement de la place Marcel Carné. Les travaux ont commencé et ont permis de réorganiser le stationnement et végétaliser l’espace. Les problématiques juridiques et foncières au sein de la galerie ont impacté le calendrier puisque le “triangle” doit être démoli pour construire un grand escalier. Et il reste encore à créer une rampe PMR qui permette de relier la place avec le parking du supermarché et à installer une aire de jeux".
Il n'y a pas un mot sur la partie "revitalisation du centre commercial" du projet action Cœur de Ville. Cette action a été abandonnée après la liquidation de la société chargée du dossier, rémunérée à près de 100 000 € pour réaliser plusieurs études (plus de 200 000 €), sans que les préconisations de celles-ci soient communiquées. Pas un mot non plus sur la fermeture de l’hypermarché Casino en septembre 2024 et la dégradation de la galerie marchande. Quant à "l’issue des conflits juridiques" au sein de la copropriété, elle n’a pas beaucoup avancé. Ainsi, la ville et l’agglo ont continué à payer tout au long du mandat des charges exorbitantes de près d’1,5 millions d’€ de 2020 à 2024.
3/ Le pôle gare (page 4) est d’abord à mettre au bilan de Cœur d’Essonne Agglomération (non cité).
C’est un chantier essentiel et déterminant pour la vie quotidienne des Saint-Michellois et l’attractivité de la ville. D’importants travaux sont encore en cours, pour plus de 19 millions d’€ HT. Pas un centime de financement la ville, mais plus de 6 millions d’€ pris en charge par l’agglomération et seulement 300 000 € de participation du Conseil départemental, dont Mme Rigault est vice-présidente. Mais il reste encore des choses importantes à finaliser, notamment pour la liaison avec le quartier Gambetta suite à l’acquisition l’année dernière de la parcelle au 1 rue Peuvrier pour la réalisation d’une liaison piétonne.
4/ Ouverture de l’entrée de ville côté piscine (page 5)
Il y a 6 ans, la droite écrivait : "Nous travaillons actuellement avec le Conseil départemental et le Syndicat de l’Orge pour réaménager l’entrée de ville tout autour du rond-point Martin Luther King afin de sécuriser le passage des piétons sans limiter la circulation, ni entamer les capacités de stationnement des alentours. L’idée est d’ouvrir grand la vue sur la Vallée de l’Orge, et de créer un espace de biodiversité ouvert au public sur l’ancien stade des Tiphoines".
Six ans plus tard, la droite annonce que "le projet sera réalisé en 2 phases : d’abord le réaménagement du rond-point Martin Luther King pour sécuriser le passage des piétons et la création du stationnement entre le stade Fayel et le parking de la Vallée de l’Orge dès 2027. Puis, lorsque le Syndicat de l’Orge le pourra, réaliser un espace de biodiversité sur l’ancien stade des Tiphoines". Donc, pratiquement rien n’a été fait au cours de ce mandat, ni étude technique, ni estimation financière !
5/ Réhabilitation de l’ancienne bibliothèque, avenue Saint-Saëns (page 5)
Il y a 6 ans, la droite écrivait : "inoccupée depuis l’ouverture de la médiathèque, l’ancienne bibliothèque Marie Curie doit pouvoir retrouver une utilité pour les habitants. Une concertation sera lancée sur son devenir en vue de sa transformation en tiers lieu pour l’accueil de différentes activités. Quelques idées ont déjà émergé : un studio de danse pour les associations qui manquent de place ou encore un point de distribution de produits en circuits courts, un atelier de réparation d’objets ou un espace de travail pour les étudiants. Nous avons imaginé y soutenir également l’installation d’un café associatif ou d’autres activités".
Six ans plus tard, alors qu’elle est inoccupée depuis 2017 et dans un état de délabrement avancé, aucune concertation n’a été lancée avec les habitants et les associations qui manquent de locaux. Une étude technique réalisée en 2021 estime le coût de réhabilitation du bâtiment (595 m² sur 3 niveaux) à près de 1,5 million d’€ HT. La droite indique maintenant que "l’ancienne bibliothèque est en cours de transformation pour devenir une maison médicale qui ouvrira à l’automne 2026". Avec quels médecins ?
6/ Jardins familiaux (page 7)
Il y a 6 ans, la droite indiquait : "Après la défection de notre partenaire initial, nous avons entamé d’autres démarches pour réaliser des jardins familiaux dans le quartier de la Fontaine de l’Orme". Aujourd’hui la droite écrit : "Nous avons acquis les terrains nécessaires pour aménager les futurs jardins familiaux, afin de les ouvrir prochainement". Tout est dans l'interprétation du "prochainement", car les dernières parcelles ont en effet été acquises il y a quatre ans, en juin 2022 !
7/ Instauration d’une taxe sur les locaux commerciaux vacants (page 10)
Il y a 6 ans, la droite s’engageait "pour inciter les propriétaires fonciers à louer leurs cellules commerciales et éviter les coques vides, nous créerons une taxe sur les locaux commerciaux vacants". Aujourd’hui, la droite indique: "Après analyse, nous avons fait le choix de ne pas instaurer cette taxe, considérant qu’une mesure fiscale supplémentaire aurait surtout pénalisé certains propriétaires sans garantir une remise rapide sur le marché des locaux. Cependant, nous apportons une aide à la commercialisation et à l’installation". Chacun peut aisément constater la fermeture de nombreux commerces depuis 6 ans. Quant aux "aides" apportées par la municipalité pour l’installation de commerces, nous n’en connaissons pas le contenu. Et visiblement celles éventuellement accordées n’ont pas eu beaucoup d’impact dans la ville.
8/ Prévention et sécurité (page 10)
Il y a 6 ans, la droite indiquait : "Des actions de prévention seront menées dans les écoles et auprès des publics les plus fragiles grâce au service prévention-sécurité au complet. Parce que la sécurité est un droit fondamental, nous poursuivrons nos efforts". Sauf erreur de ma part, il n’existe toujours pas de service prévention-sécurité au sein de l'administration communale. Le bilan à mi-mandat de Madame Rigault en 2023, se félicitait de la création d’un Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD). Celui-ci ne s’est jamais réuni. Un diagnostic de sécurité a été effectué en 2024, il ne nous a jamais été communiqué malgré des demandes réitérées.
Dans le bilan du mandat, la droite reste très imprécise sur ces questions sensibles et se contente de mentionner : "Nous avons développé des actions en faveur de la prévention (en partenariat avec le Cepfi) et de la sécurité (grâce à la Police municipale)".
9/ Itinéraires cyclables sécurisés et jalonnés (page 15)
Avec ses multiples fonctions de vice-présidente aux mobilités au Conseil départemental et à la l’agglomération, nous étions en droit d’attendre de la maire une impulsion importante pour la mise en œuvre de ce qui était indiqué dans le programme de la droite en 2020 : "Nous participons à une nouvelle étude avec les services de l’agglomération visant à créer des itinéraires cyclables sur le territoire. Des arceaux à vélo seront progressivement installés devant les équipements municipaux comme c’est déjà le cas à la Maison des Seniors ou à la mairie. Nous mobiliserons les associations de cyclistes afin de partager cette mise en place". Le bilan concret, six ans plus tard, apparaît beaucoup plus modeste : "Nous avons inscrit le développement du vélo dans une dynamique territoriale ambitieuse qui prévoit la création de nouveaux itinéraires reliant les principaux pôles du territoire (gares, établissements scolaires, zones d’emploi et zones commerciales), ainsi qu’un renforcement du stationnement vélo. À Saint-Michel, un premier itinéraire a été réalisé avec l’Agglomération et permet de relier la Francilienne à la gare. Nous l’avons complété d’un tronçon communal afin de desservir l’Hôtel de Ville. Nous allons plus loin avec le schéma directeur des mobilités actives en cours d’élaboration, qui va permettre de mieux intégrer la place du piéton et du vélo dans l’espace public". En résumé, beaucoup de choses restent à l’étude, notre ville dispose d’un petit itinéraire cyclable très dangereux (rue d’Enfer) et donc peu utilisé. Il existe bien quelques arceaux à vélo, mais comme beaucoup de cyclistes ne peuvent pas rouler en sécurité dans la ville, ceux-ci demeurent peu utilisés.
10/ Renouveler la démocratie participative (page 18)
Il y a 6 ans, la droite écrivait : "Afin de renforcer la démocratie directe et participative, nous proposons de refondre les conseils de quartiers et leur règlement. Parallèlement, nous mettrons en place des réunions de rue pour permettre aux riverains de faire part plus facilement de leurs problématiques locales. Le numéro vert “Allo madame le Maire” sera maintenu, les permanences reconduites et même proposées en visio".
Six ans plus tard, la droite indique : "Au contact des habitants durant tout notre mandat, nous avons pu identifier les besoins et adapter les politiques publiques pour qu’elles répondent réellement à vos attentes. Près de 3 000 habitants ont été rencontrés lors des instances de participation : réunions en pied d’immeuble, permanences, budget participatif, réunions de rues, petits-déjeuners et goûters participatifs ».
En résumé, les Conseils de quartier et le numéro vert « Allo madame le Maire » ont été supprimés, quelques réunions en pied d’immeuble ou pour certaines rues ont été organisées, mais les participants attendent toujours un compte-rendu ou des réponses à leurs questions, et les petits-déjeuners et goûters avec la maire, ont été réservés à certaines personnes soigneusement choisies et se limitent souvent à un long monologue d’autosatisfaction…
En bonus : quelques mensonges, des reculs et des oublis…
- Page 10 : "Création de postes supplémentaires sur le maintien à domicile des personnes âgées". Aucun poste supplémentaire n’a été créé au cours de ce mandat. Un agent en longue maladie a été remplacé et un autre a dû reprendre son travail.
- Page 13 : "Nous avons mis en place des permanences d’accès aux droits au CCAS et à l’Espace Nelson Mandela". Ces permanences existaient déjà. Et faute de personnel, le Conseil des droits et devoirs des familles, prévu dans le dispositif de la réussite éducative, ne fonctionne pas régulièrement.
- Page 9 : La droite écrit : "LABEL COMMERÇANTS ZÉRO DÉCHET : Nous avions envisagé la création de ce label afin de lutter contre le suremballage. Après échanges avec les acteurs locaux, il est apparu qu’un tel dispositif pouvait être perçu comme stigmatisant pour une partie des commerçants ». Je ne sais pas avec qui et quand ont eu lieu ces échanges, mais ce label aurait été plutôt valorisant pour certains commerçants !
- Page 15 : Il est écrit : "Pour l’élargissement des horaires de la médiathèque, l’Agglomération nous a signifié que cela n’était pas réalisable". Cette question n’a semble-t-il jamais été abordée par les représentants de droite de la ville siégeant à l’agglomération. Au contraire, la maire a souvent réclamé des économies dans le budget de fonctionnement de l’agglo.
- Page 21 : la droite indique dans le chapitre de ce qu’elle a fait en plus par rapport à ce qui avait été inscrit dans son programme : "VÉGÉTALISATION : Création d’un aménagement sur la place Yvonne et Jeannine Trihoreau". Un comble, il s’agit d’un rattrapage sur un aménagement mal conçu, qui aurait dû être largement végétalisé lors de sa réalisation.
- En 2020, la droite écrivait : "Afin de remplir nos obligations légales, tout en maintenant un cadre de vie agréable pour les Saint-Michellois, nous modifierons le PLU pour empêcher la densification abusive en limitant le démembrement de parcelles et en sanctuarisant les espaces naturels". Six ans plus tard, il est seulement indiqué, page 10 : "Nous avons fait le choix de maîtriser le développement urbain afin de préserver le cadre de vie des Saint-Michellois, tout en respectant nos obligations légales en matière de logement". En fait, la droite a engagé laborieusement la révision du Plan Local d’Urbanisme (PLU) en décembre 2021. Un débat assez confus a eu lieu lors du Conseil municipal du 25 juin 2024 sur un très vague Projet d’Aménagement et de Développement Durable (PADD). Depuis plus rien !
94 % ?
La maire annonce "94% d’actions déjà réalisées ou en cours". Difficile de savoir comment ce pourcentage a été calculé. J’avais déjà compté dans le document de 2020 qui annonçait 100 propositions pour la ville, qu’en réalité il n’y en avait que 87. D’ailleurs on retrouve bien ces 87 points dans le document de bilan du mandat. Mais je relève que 15 points (certes pas essentiels) ne sont pas développés et n’ont donc pas été réalisés :
"dispositif anti-tag, permis de végétaliser, trame bleue / trame verte, réseau local de solidarité et d’entraide entre les familles, “parler bambin”, baby dating, aide à l’embauche d’une assistante maternelle, développement de la “ville intelligente”, mise en place d’une plateforme du bénévolat, dictée géante, soirée des bénévoles, ateliers gratuits de remise en forme, faire des jeux olympiques et paralympiques un événement populaire (le conseiller délégué a démissionné rapidement), prix de l’initiative écologique, création d’une boutique éphémère".
Il reste 72 points traités. Parmi ceux-ci, 6 ont été abandonnés : "construction du 8e groupe scolaire", "conseil local de santé mentale", "label commerçant zéro déchet", "taxe sur les locaux commerciaux", "pédibus", "élargir les horaires des médiathèques". A la fin, il n’y a plus que 66 points plus ou moins partiellement réalisés sur 87. Ceci ne fait donc que 76 % de "déjà réalisés ou en cours". Ce n’est pas tout à fait 94 !