
Bilan d’un été délétère et angoissant pour une rentrée inquiétante
En principe, quand on aborde la rentrée, c’est pour se projeter dans l’avenir immédiat de manière bienveillante et optimiste. J’avoue au contraire entamer ce mois de septembre avec un peu de déprime, après deux mois délétères et angoissants.
Et en plus, les principaux médias veulent nous obliger à entrer dans une campagne électorale à travers des sondages quotidiens et une inflation de petites phrases sur des positionnements tactiques et des déclarations de candidatures, agrémentés la plupart du temps par une multitudes d’engagements clientélistes dans tous les sens, qu’on finira par oublier. Je me demande si cette frénésie de paroles et d’approches étroites ne masque pas un sérieux déficit d’analyse sur la catastrophe climatique en cours qui s’accélère, les multiples conflits meurtriers partout à travers le monde et sur l’état réel de notre société de plus en plus inégalitaire. Certes, TOUS (je mets au masculin, car malheureusement on entend très peu de femmes) nous disent que la situation n’a jamais été aussi grave, mais très peu (je pourrai ne citer que 2 ou 3 noms*) développe une vision globale et argumentée pour engager une vraie rupture indispensable.
Pour aborder sérieusement cette rentrée et tenter de dégager des perspectives optimistes, il ne faut absolument pas cacher ou trop vite vouloir faire oublier les (nombreuses) mauvaises nouvelles de l’été. Honte à ce Premier ministre, sans majorité, qui ose hier encore minorer la réalité du réchauffement climatique et ironise sur les fondements d’une motion de censure visant à dénoncer l’impréparation du gouvernement. Lire ICI
Dans un rapport publié l’an dernier, Météo France indiquait qu’en 2050, les vagues de chaleur seront cinq fois plus fréquentes et plus longues, de début juin à mi-septembre. Il était même précisé que "le seuil des 37 °C sera la valeur moyenne en France pour la journée la plus chaude de l'année". C’est à peu près ce que nous avons vécu cet été, et que j’ai déjà abordé dans une précédente note en juillet (lire ICI). Ces "prévisions", devenues réalités, se déclinaient ainsi :
"Les catastrophes naturelles, déjà en recrudescence, devraient se multiplier. Le risque de feux de forêt s’étendrait à toutes les régions, y compris au nord du pays. L’intensité des pluies s’aggraverait de 10%, provoquant des inondations. En hiver, il y aurait moins de trois mois de neige en moyenne montagne. La gestion de l’eau deviendra critique. On compterait un mois supplémentaire de sécheresse des sols en été et 88% du territoire français serait globalement en manque de ressource hydrique".
Selon le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), "ces phénomènes devraient modifier les comportements migratoires à l’intérieur du pays et dans le monde. En France, l’engouement des retraités pour le sud et la façade atlantique devrait s’interrompre et les stratégies d’implantation des entreprises seraient impactées. A l’échelle du globe, l’ONU anticipe une augmentation de 700% du nombre de pauvres vivant dans des zones urbaines où les chaleurs seront extrêmes. Près d’un milliard de personnes habitant une région côtière sont menacées par la montée des eaux".
Ras le bol des beaux discours et des sommets internationaux avec des résolutions jamais appliquées !
Nous avons étouffé tout l’été. Les villes sont devenues des étuves. Les animaux souffrent et la végétation dépérit. Fin juin, nos enfants étaient dans des salles de classe surchauffées. Dans les EHPAD, la situation demeure très tendue et les services d’urgences des hôpitaux sont débordés. Dans la rue, des SDF (et des enfants !) sont morts dans l’indifférence générale. Globalement on comptait début août que plus de 7 300 décès en excès depuis le début de la vague de chaleur. De nombreux ouvriers sont toujours confrontés à des conditions de travail inacceptables. Beaucoup de logements sont invivables : sans volet, beaucoup trop chaud l’été et bien trop froid l’hiver. Les transports en commun, coûteux et toujours insuffisants craquent…
Les messages "soyez vigilants", "hydratez-vous, veillez sur vos aînés" du Président Macron et du Premier ministre sonnent vraiment creux. On laisse les pompiers sans les canadairs qui n’ont même pas été commandés. On "mobilise" les services de l'Etat et des collectivités locales avec des dispositifs bricolés. Et, surtout, chacun doit se débrouiller avec son ventilateur lors de la canicule ou avec son seau lors des orages. On fait de la chaleur et de la pluie une affaire privée, qui coûtera de plus en plus cher avec l'augmentation attendue des assurances. La responsabilité est collective et politique !
En cette rentrée, la droite, l’extrême droite et le gouvernement nous parlent uniquement des milliards d'économies à faire sur le budget, alors que les investissements sont très insuffisants dans les écoles, les hôpitaux, les logements, les transports… Par contre, l'argent coule à flot pour une rallonge de 36 milliards sur la loi de programmation militaire, votée en catimini, il y a quelques semaines. Et l’allégeance de Macron est totale devant les milliardaires et les différents lobbyings des profits immédiats. 1% des plus riches génèrent plus de 2 fois les émissions de carbone produites par la moitié la plus pauvre de l’humanité réunie. La suractivité humaine, suscitée par la recherche illimitée de profit, est à la source de la catastrophe. C’est bien un capitalisme reposant sur les énergies fossiles qui détruit notre santé et notre environnement. Le productivisme et le consumérisme, corollaires de la loi du profit, conduisent à l’émission démesurée de gaz à effet de serre. Et tout ce système ne produit en rien le ruissellement redistributif promis par Macron, il y a maintenant 10 ans.
Je prends deux exemples :
- Un décret publié au Journal officiel du 9 août prévoit que les EHPAD doivent "rendre publics les sous-effectifs, l’absentéisme et la rotation des personnels..." C'est effectivement utile, si dans chaque établissement on dispose des moyens administratifs pour élaborer rigoureusement et actualiser cet état des lieux, puis le rendre public Mais mesurer la crise ne suffit pas. C’est un indicateur. Alors que le nombre de personnes âgées dépendantes ne cesse de croître, l’Etat et les collectivités locales doivent impérativement dégager des moyens pour effectuer les recrutements nécessaires en assurant de meilleures conditions de travail… et donc de prise en charge des résidents.
- Le 25 août, l’Unicef France et la Fédération des acteurs de la solidarité ont indiqué que 2 355 enfants, dont 514 âgés de moins de trois ans, sont restés sans solution d’hébergement après un appel au 115, le numéro d’urgence pour les personnes sans abri (lire ICI). Ce chiffre concernant les enfants qui dorment dans la rue en cette année 2026 a progressé de 9 % par rapport à 2025, et de 42 % depuis 2022, année durant laquelle Macron et son gouvernement avaient réaffirmé l'objectif de "zéro enfant à la rue".
La pire scandale de l’été
Le 4 août 2026, alors que la préfecture de Gironde vient de démontrer l'absence d'anticipation et la carence des moyens de l'État pour contenir des feux de forêt, celle-ci autorise l’implantation d’un élevage de milliers de saumons en circuit fermé au Verdon-sur-Mer. Ce projet de 280 millions d’euros porté par la société Pure Salmon, financée par un fonds d’investissement singapourien, prévoit la construction d’une usine au bout de l’estuaire de la Gironde, sur 14 hectares, pour produire 10 000 tonnes de saumon par an. 27 ONG dénoncent un projet "complètement démesuré" qui menace l’écosystème du plus grand et plus sauvage estuaire d’Europe, avec des rejets de boues au détriment de la pêche et de la conchyliculture. Longtemps marginale, la production de saumon d’élevage s’est muée en véritable industrie, concentrée entre les mains de quelques multinationales. Une massification qui pose des problèmes environnementaux, du bien-être animal au bilan carbone. Démonstration en chiffres ICI.
On a pas mieux et plus urgent à faire pour réparer et s'adapter au changement climatique ?
Même déni et hypocrisie totale avec la loi dite « d’urgence agricole ». Plusieurs sociétés savantes médicales et différents acteurs luttant pour la protection de la santé des Français ont déposé une "contribution extérieure" auprès du Conseil constitutionnel (lire ICI) pour lui demander de censurer la loi d'urgence agricole dont un article ouvre la voie à la réintroduction de pesticides controversés dont l’acétamipride. En vain, la loi est désormais publiée.
En cette fin d'été, nous aurions tort de croire que le Népal est loin de chez nous. L’écroulement d’un glacier qui a tout ravagé sur son passage, les morts se comptent par centaines, les disparus par milliers. Ce qui frappe, c’est la brutalité, la soudaineté du choc, des femmes et des hommes désemparés. Ce qui arrive là-bas pourrait arriver demain dans les glaciers alpins. Il y a quelques jours, nous étions médusés devant une tornade à Pomas, dans l’Aude. Il y a un mois, c’était Le Porge, en Gironde, qui brûlait.
Malgré l’évidence du changement climatique, cause directe et indirecte de ces drames, certains tentent encore de détourner notre regard. Ce n'est pas "la nature qui se fâche", c'est la conséquence des maltraitances d’un système capitaliste d'accumulation des richesses pour quelques-uns et de pollutions continues qui épuisent la planète et rendent les humains très vulnérables. Il n’y a pas de fatalité. Nous recevons en boomerang, le prix de la cupidité de nos dirigeants.
(* Voici les 2 ou 3 noms qui se dégagent du marécage ambiant avec une approche globale et argumentée pour rompre avec plus de 20 ans de déni : Mélenchon, Tondelier, de Villepin )