
Éléments d’analyse sur les résultats de l’élection municipale de 2026 à Saint Michel sur Orge (2eme partie)
Dans une première note, je vous ai présenté plusieurs constats chiffrés à partir des résultats enregistrés dans les différents bureaux de vote de la ville. Dans cette seconde note, j’évoque différents éléments qui ont permis à Madame Rigault de consolider, avec beaucoup d'habilité, son emprise sur la ville.
Le positionnement politique
Madame Rigault est de droite. Elle en a parfaitement le droit et c’est tout à fait respectable. Elle ne peut pas le nier à la suite de son parcours au sein des jeunes de l’UMP, puis de son adhésion à LR. Sa prise de distance avec ce parti, lors des escapades de M. Ciotti, demeure floue. Elle continue d’afficher une très grande proximité avec Mme Pécresse, personnalité qui compte toujours au sein de l’appareil de LR. Depuis 2021, elle préside au Conseil départemental le groupe de droite, qui comprend tous les élu-e-s LR. Aux élections sénatoriales de 2023, madame Rigault était candidate sur la liste LR de madame Darcos.
Dans la liste qui était présentée, monsieur Magid Alaoui, en seconde position est militant LR et collaborateur politique auprès du Président du Conseil départemental (LR). En 2024, sous le nom de Magid Ben Mahmoud, il était le candidat suppléant, investi par LR aux élections législatives.
En 6e position sur la liste, on retrouvait d’ailleurs monsieur Nicolas de Boishue, candidat aux dernières législatives et responsable LR de la 10e circonscription de l’Essonne. Et le Président LR, M. Retailleau comptabilise Saint-Michel sur Orge dans les 638 villes de plus de 9 000 habitants soutenues par LR..
Que d’autres membres de la liste de madame Rigault soient ou non adhérents ou sympathisants à LR ou à d’autres formations politiques macronistes (Renaissance, Horizon, Modem) ne change rien sur l’orientation politique de la liste, classée "divers droite", par la préfecture.
L’absence de l’extrême droite
L'extrême droite dispose d'un électorat consistant dans notre ville. Lors des différents scrutins de 2024, elle comptait un socle d'environ 25% des suffrages exprimés. Malgré ce poids électoral, l'extrême droite n'a pas présenté de liste, malgré la présence dans notre ville de candidats Debout la France (Dupont-Aignan) et Reconquête (Zemmour) aux dernières élections législatives. Des contacts ont bien été pris avec le RN, lors de la diffusion d’un tract en janvier. Mais la priorité a été donnée au soutien de la liste RN à Sainte-Geneviève-des-Bois. Une petite frange de l'électorat d'extrême droite s'est sans doute abstenu. Mais à Saint-Michel comme ailleurs, les électorats de la droite et de l'extrême droite s'additionnent de plus en plus et se complètent quasi naturellement. Au 2e tour de la dernière élection législative en 2024, les meilleurs scores du candidat RN ont été réalisés au bureau n°1 Hôtel de Ville (43,77%) et au bureau n°4 Groupe scolaire Lormoy (43,01%). Dans ces deux bureaux, la liste de Mme Rigault réalise ses deux meilleurs scores avec respectivement 73,30% et 72,53%. D’ailleurs, le collage sauvage par la liste de Mme Rigault, de bandeaux anti LFI sur les affiches de la liste de gauche, était surtout un appel à la mobilisation en direction de l’électorat d’extrême droite.
Le verrouillage
Monsieur Zunino, élu en 2008 a appris à ses dépens qu’un maire devait verrouiller SA majorité. La légende veut que pour l’élection de 2014, il était convenu qu’à mi-mandat, il laisserait la place à son ambitieuse 1ere adjointe, madame Rigault. Ce passage de relais n’a pas été aussi pacifique que prévu. Il a été mis en avant des problèmes de santé, mais c’est une fronde interne, menée par M. Taffin, qui a poussé M. Zunino a démissionné début 2017. Celui-ci a été humilié en étant rétrogradé 9e adjoint sur une délégation à la culture, sans aucun contenu. Et quelques mois plus tard, le 12 octobre 2017, lorsqu’il a fallu procéder à la réélection des vice-présidents de Cœur d’Essonne agglomération, à la suite de l’élection d’Olivier Léonhardt comme sénateur, un vote assez surréaliste a été organisé pour départager deux Saint-Michellois : le maire sorti et le nouveau maire. Avec un résultat net : 5 bulletins blancs, 40 voix pour M. Zunino et seulement 14 voix pour Sophie Rigault. M. Zunino est donc resté vice- président de l’agglomération jusqu’en 2020, ce qui a posé de nombreux problèmes de fluidité sur plusieurs dossiers entre la ville et l’agglo. Cet affrontement au sein de la droite a connu son épilogue avec la présentation en 2020 d’une seconde liste de droite, conduite par M. Cire et comprenant notamment une ancienne adjointe de M. Zunino. Cette liste a été largement battue (3,30 %).
Au cours du mandat 2020-2027, la majorité municipale a été totalement cadenassée. Des anciens élus, qui comme Joseph Delpic, assurait un minimum de dialogue républicain avec la minorité, ont été rappelés à l’ordre. Celui-ci a d’ailleurs quitté ses fonctions d’adjoint avant le terme du mandat. D’autres, présentés comme personnalités de la "société civile" comme Mme Chassin ou M. Julien on fait un passage éclair au sein du Conseil municipal, en se rendant vite compte qu’ils ne servaient à rien. Un seul flottement est apparu lorsqu’il a fallu que la maire tranche, enfin, pour faire démissionner M. Taffin (adjoint à la jeunesse et à la prévention) suite de plusieurs signalements concernant ses publications violentes et à caractère raciste sur les réseaux sociaux. Mme Boulay, qui par le jeu des démissions successives aurait dû entrer au Conseil municipal, en a été vite dissuadée, étant sans doute jugée peu fiable…
Le sectarisme
Tout au long du dernier mandat, la maire s’est montrée inflexible et n’a jamais pris en compte la moindre remarque ou proposition des groupes de la minorité. Lire ICI ma note sur la détérioration des rapports majorité – opposition au cours de précédents mandats.
Le Conseil municipal n’a été qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises par la maire. Lors des commissions municipales, brièvement réunies en visioconférence, les élu-e-s de la majorité, souvent incapables de présenter les dossiers, laissaient l’administration répondre aux questions des élu-e-s de l’opposition ou se contentaient de prendre note et de transmettre au cabinet du maire… Les comptes-rendus de ces réunions ne mentionnant que les présents et le résultat des votes, il n’existe aucune trace sur ce qui avait pu être échangé. La maire pouvait donc tranquillement lors des séances du Conseil municipal, interpréter, caricaturer et surtout ignorer les questions et les suggestions des élu-e-s de l’opposition.
Avec arrogance et mépris, la maire a tenu les élus des groupes minoritaires à l’écart de tout. Nous avons été invisibilisés sur toutes les publications municipales, avec des angles de photos parfois très acrobatiques. Nous avons été exclus de la plupart des réceptions organisées au nom de la commune : remise des médailles du travail, cérémonie de citoyenneté pour les jeunes inscrits sur les listes électorales, réception de fin d’année des enseignants, soirée des vœux du personnel communal… Nos interventions ont été régulièrement réduites, jusqu’à les rendre souvent incompréhensibles dans les procès-verbaux du Conseil municipal. Les seules expressions tolérées ont été les minuscules "quart de page" accordés (car obligatoire selon la loi) aux deux groupes de la minorité sur le journal municipal.
Enfumage sur le bilan et le programme
A travers deux notes, j’ai déjà analysé ICI et LA les approximations du bilan présenté par madame Rigault lors de l’annonce de sa candidature. Puis le programme 2026-2032 a prolongé cet enfumage. Celui-ci constitue un assemblage, assez désordonné, de 88 mesures, imprécises et pour un grand nombre déjà en cours. Les formulations générales n’appellent pas de remarques particulières. Elles vont dans un bon sens consensuel pour heurter personne. Il ne peut y avoir d’opposition majeure vis-à-vis de ce catalogue. Mais on a bien du mal à trouver un cap ou un horizon pour notre ville. Et il manque l’essentiel : une articulation et un calendrier pour la mise en œuvre. Mais l'objectif de la droite est de simplifier au maximum et d'éviter que les gens se posent trop de questions. D'ailleurs, il n'y a pas la moindre proposition pour favoriser l’implication réelle et indépendante des habitants. Plus grave, ce programme fait totalement l’impasse sur la situation sociale dégradée d’une partie de plus en plus importante de la population : jeunes sans emploi, familles monoparentales, personnes âgées isolées. Certes, beaucoup d’entre elles, pour des raisons diverses, ne votent pas. Mais ce calcul politicien un peu cynique est-il une raison suffisante pour les laisser au bord du chemin ?
Dans les faits, Mme Rigault a essentiellement, et efficacement, développé sa stratégie de communication sur trois dossiers, en se gardant bien d’en donner tous les éléments (parfois complexes) aux Saint-Michellois :
- Sur l’aménagement des abords de la gare, c’est un budget très nettement augmenté à plus de 19 millions d’€, avec l’implantation d’un gigantesque parking de 441 places, rue Peuvrier, dont on découvrira très vite les inconvénients en termes de circulation, de pollution et de tranquillité publique pour les rues de Montlhéry et de Sainte-Geneviève.
- Sur le centre commercial, même si l’arrivée de l’enseigne Super U se concrétise en septembre prochain, cela n’effacera pas la dette colossale de 2,7 millions d’€ de la copropriété et ne réhabilitera pas d’un "coup de baguette magique" des milliers de m² de locaux et des parkings dégradés.
- Quant à l’ouverture programmée, elle aussi en septembre, d’une maison médicale (à l’issue de travaux, partiels et très coûteux), le transfert des 3 médecins en provenance du centre médical ne réglera en rien les départs non compensés des quatre autres. "L’accès aux soins pour tous", promis en 2020 par Mme Rigault dans le cadre du "schéma départemental santé", est encore moins assuré.
Compte de campagne
La droite, en général, a toujours eu beaucoup de difficultés à admettre qu’il convenait de réglementer et d’assurer la transparence sur les financements des partis politiques et des campagnes électorales. Les principales lois dans ce domaine ont été à l’initiative des gouvernements de gauche et ont été votées par des majorités de gauche au Parlement.
Dans ce cadre, la communication institutionnelle des communes et celle des candidats étaient soumises depuis le 1er septembre 2025 aux restrictions prévues par le code électoral. Celui-ci interdit notamment les campagnes de promotion des réalisations ou de la gestion de la collectivité par les collectivités intéressées par le scrutin. Ainsi, les communes ont spécifiquement l’interdiction d’affecter des moyens humains, financiers et logistiques au service d’une liste.
Rien qu’en lisant ceci, je pense que peu de personnes contesterons que la maire a (un peu ?) abusé de la situation. Le ballet des visites et des embrassades à toutes occasions a été ininterrompu jusqu’à la veille du scrutin avec en point d’orgue, dans une salle municipale, cette soirée (privée ?) organisée par l’association des parents Cœur d’Essonne, dont la présidente était sur la liste du maire. Et quelques heures avant la clôture de la campagne, Mme Rigault bénéficiait d’une mise à disposition de la salle Berlioz pour parler de l’avenir de la ville avec des jeunes contactés l’après-midi à travers diverses boucles WhatsApp. Beaucoup vont me dire que tous les maires sortants, toutes tendances politiques confondues, font la même chose. Mais je crois qu’à Saint-Michel, on va beaucoup plus loin en mettant la quasi-totalité des services municipaux à la disposition de la candidature de la maire sortante. Ainsi, par exemple, il apparaît que beaucoup de moyens logistiques et humains du service municipal de la communication ont été affectés à la campagne du maire pour notamment la réalisation des vidéos, des photos et leur diffusion sur les réseaux sociaux. A moins qu’on trouve dans les comptes de campagne du maire des factures de sociétés indépendantes qui auraient effectué ces multiples prestations. Il en est de même concernant l’implication directe de plusieurs services municipaux en direction des habitants tout au long de la campagne sous la houlette du cabinet du maire. Les agents territoriaux ont tout à fait le droit de militer lors d’une campagne électorale, mais cela ne peut se faire qu’en dehors des heures de travail rémunérées avec l’argent public ou pendant des congés clairement fixés. La loi fixe un plafond de dépenses autorisées pour chaque liste. Pour notre ville, il était fixé à 31 427 €. Si tout ce qui a été utilisé pour la campagne de Mme Rigault a bien été comptabilisé, ce plafond risque d’avoir été dépassé...
Associations embrigadées
On connaissait l’habileté de la droite à choyer certaines associations, alors que d’autres ont beaucoup de difficultés à être reconnues et à obtenir, par exemple, la mise à disposition de salles pour leur activité. Depuis 18 ans, c’est l’opacité la plus grande qui demeure sur les critères d’attribution des subventions, la droite nous refusant systématiquement de consulter les dossiers de demande de subvention.
Un palier vient d’être franchi lors de cette campagne électorale, avec l’engagement plus ou moins direct de plusieurs associations en soutien à la liste de la maire. Si chaque président d’association est bien évidemment libre d’avoir et d’exprimer son opinion politique, à titre personnel, il n’a pas à engager politiquement son association. Que les président-es de l’UNRPA (Union nationale des personnes âgées), de PAVO, ou du club de football soutiennent la maire, c’est leur droit. Mais la manière dont ces soutiens ont été explicitement rédigés dans le programme électoral du maire pose question, tant ceux-ci engagent fortement leurs adhérents, qui n’ont jamais été consultés. Quant aux candidat-es qui ont mentionné le nom de leur association ou de leur employeur, je les invite à bien lire (et à appliquer) la charte de l’élu-e qu’ils ou elles ont dû signer. Mais électoralement, tout ceci a été très efficace !
A suivre...